Luxembourg vs France: Blanc-Evra, le contrat moral

Pour la première fois depuis le Mondial 2010, Patrice Evra a retrouvé le groupe France et Clairefontaine. Neuf longs mois d’absence et une tourmente médiatique qui peuvent changer un homme. A priori, pas Patrice Evra. Face à la presse, le défenseur de Manchester United est même apparu assez serein. “Je n’ai jamais eu peur de ne pas revenir, a-t-il affirmé, sans vraiment dire si sa présence était liée à l’absence d’Eric Abidal. Je serais revenu par tous les chemins. Je connais mes qualités. J’étais en paix avec moi-même”. Les excuses après les événements de Knysna dont il a été tenu comme l’un des principaux responsables ? Pour lui, elles n’ont plus lieu d’être. “Certains ont la mémoire courte. J’ai été le premier joueur à m’excuser en Afrique du Sud et à demander aux joueurs l’abandon des primes”, rappelle-t-il. Et s’il a été sanctionné de cinq matches de suspension, c’est “en tant que capitaine et non en tant que meneur”. Cela veut-il dire qu’il estime cette sanction injuste ? “Oui et non, répond-il. Il fallait que quelqu’un prenne et j’étais le capitaine”. Victime plus que coupable, encore une fois. Tout juste assume-t-il des regrets collectifs (“On a fait une erreur. On en est tous conscient. Bien sûr qu’on regrette”), tout en soutenant avoir été “un bon capitaine. Demandez à n’importe qui”.

Au premier abord, même s’il dit qu’il vivra “avec cette cicatrice toute (sa) vie”, Patrice Evra n’a rien à se reprocher. Pire, qu’il n’assume pas et n’a pas retenu la leçon. Pourtant, au moment de revenir en équipe France, il a passé une sorte de contrat moral avec Laurent Blanc. Comme Franck Ribéry, il devra être “irréprochable”. Les deux hommes se sont d’ailleurs expliqués dès lundi. Une première rencontre entre les deux hommes. ” Vous savez pourquoi il a été rappelé. Je voulais le voir en tête à tête, a expliqué le sélectionneur. Ça a été un dialogue. Les choses ont été dites”. Une discussion franche selon le joueur qui n’a pas voulu en dévoiler davantage. C’est Blanc qui a finalement donné quelques bribes de cet échange. “On a parlé du passé, du présent et éventuellement de l’avenir. Il a l’air attaché à l’équipe de France. Le plus important, c’est ce qui va se passer dans les mois à venir”, a-t-il raconté. Car le patron des Bleus attend désormais plus que ça. Il attend du changement et du concret. “Les paroles sont faciles à dire. Les actes sont plus compliqués, lui a-t-il adressé comme message. A nous de vérifier si ce qu’on s’est dit va se faire sur le terrain.”

“Etre une solution et pas un problème”

Cela tombe bien, c’est sur le terrain, où il brille depuis le début de saison avec Manchester United, que Patrice Evra veut montrer qu’il est un homme neuf. “C’est sur le terrain qu’il faudra faire la différence. Je pense que c’est grâce à mes qualités que je suis revenu”, estime-t-il. Malgré son statut d’ancien cadre et ancien capitaine (32 sélections), le Mancunien ne veut d’ailleurs prétendre à rien. “C’est quoi un statut ?, interroge-t-il avant de fixer son ambition première : “Je viens pour être performant, comme avec mon club. Je reviens avec une envie”. Lorsque l’on connaît son tempérament, celui d’un joueur qui ne doute pas, on pourrait presque prendre ça pour une preuve d’humilité. D’ailleurs, sur ce point, Evra s’est placé sur la même ligne de conduite que Laurent Blanc. “On leur permet de se reconstruire avec cette équipe. Ils viennent sans statut, a répété le sélectionneur au sujet des deux mutins. Il faudra qu’ils viennent le chercher et le mériter. Je ne peux pas mettre en danger l’équilibre de l’équipe pour untel ou untel. S’ils donnent entièrement satisfaction, il faudra du temps pour qu’ils retrouvent leur statut.”

Pour le reste, Patrice Evra s’est donc attelé à rappeler son profond attachement à l’équipe de France et sa “fierté” d’être de retour. “Avant de revenir, je faisais mon métier à 50 %, dit-il. Gagner des titres avec son club, c’est bien mais ça ne suffit pas. Pour le faire à 100 %, je voulais jouer pour mon pays”. Même si Laurent Blanc affirme qu’il n’en est pas “certain”, cela pourrait chose faite dès vendredi face au Luxembourg. Une rencontre qu’il pourrait débuter. Alors Evra fait une promesse : “J’ai envie d’être une solution et pas un problème pour cette nouvelle génération”. Aujourd’hui, à l’entendre, il est animé par l'”envie de tourner la page”. Et surtout ne plus faire de vagues. “A part cette Coupe du monde, je me suis toujours bien comporté dans un groupe, insiste-t-il. Je n’ai jamais créé de problèmes. Donc il n’y a pas de soucis”. C’est juré, on l’y reprendra donc plus. Tout cela n’était finalement qu’un accident de parcours. Mais il n’est pas dit qu’il changera du tout au tout. “Il faut que je reste moi-même”, dit-t-il avec la même assurance qu’il affichait jadis. Et si on lui proposait à nouveau le brassard de capitaine, accepterait-il ? “Oui, bien sûr !”, lance-t-il sans hésiter. L’ancien Patrice Evra n’est décidément jamais très loin.

Source: Anthony PROCUREUR – Eurosport.fr

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